Dans un premier temps (dans l'écriture : avant les étapes de pré-réception et d'édition), personne ne vous demande rien. Vous êtes libre, de votre temps, de votre organisation, de votre méthode. En soi, c'est déjà un chemin, un travail subtil de rapport à votre liberté. Vous êtes seul car vous êtes dans un temps unique : celui de votre créativité. Il n'a d'autre loi que la sienne. Rien ne le domestique. Il faut simplement l'apprivoiser, comme un chat : lui laisser vivre sa vie, à son rythme, qui n'est pas celui de la vie de vos proches, lorsque leurs contraintes personnelles et professionnelles sont fixées par l'extérieur et doivent être respectées. Vous êtes dans un temps parallèle, jalonné par l'intime de la création. Et cela, il faut apprendre à le vivre, car la conformité à une vie professionnelle traditionnelle, réductrice de solitude, n'est plus un étai de votre vie. Votre quotidien doit tenir debout tout seul, comme enroulé autour d'un tuteur à l'intérieur de vous.
La solitude de ce temps décalé, à la fois libre et plein, n'isole pas, car créer c'est être en contact permanent avec l'extérieur, mais de l'intérieur. Vous n'êtes pas coupé des autres en écrivant : vous devenez les autres, vous catalysez les milliards de particules d'humanité qui se déposent en vous et se muent en couches sédimentaires.
Ce que j'écris, c'est nous, et nous c'est vous et moi. Je n'écris pas sur moi. J'écris ce que notre nous m'intime d'exprimer.