Dans une interview à la radio, l'auteur Alexandre Lacroix donnait son savoureux point de vue sur l'écriture des scènes intimes. Il expliquait, très amusé, que rien n'est pire dans ces passages que de transiger, d'essayer de faire joli, d'éviter à tout prix la crudité. Cent cinquante ans plus tôt, Flaubert fustigeait ainsi dans une lettre à sa chère Louise Colet la chasteté des amoureux de Graziella de Lamartine et leur absence de désir l'un pour l'autre : « La vérité demande des mâles plus velus que M. de Lamartine. »
Ce que je redoute le plus en écrivant les passages charnels est de desservir l'humanité de mes personnages amoureux en exprimant mal leur intimité, car au fond, ce que je recherche, c'est que leur amour se glisse dans le cœur et l'âme de la personne qui lit, et lui donne envie d'aimer et de faire l'amour.
Je me sens militant lorsque j'écris un passage intime. Ou simplement lorsque qu'un souvenir de plaisir d'amour traverse brièvement la mémoire d'un personnage, elliptique comme l'évocation de l'orgasme de Cécile dans Bonjour tristesse de Françoise Sagan. Je me sens humain.