"Deux pères, et passe" en quelques mots

"Deux pères, et passe" en quelques mots

Dans le village haut-saônois de Frobot-sous-le-Mont, on manifeste son affection à coups de bocaux de gelée et de confitures à la mirabelle. On se comprend, alors à quoi bon en rajouter quand la plus grande des déclarations d'amour se résume à : « Finis-moi voir ce cake, demain il sera sec » ?
C'est devenu un peu court pour Romaric, le tendre et fantaisiste ventriloque de campings et de maisons de retraite déterminé à ressusciter les voix qui toquent à sa mémoire lorsqu'il rentre au pays, accompagné de la Louise Michel locale Gudrun la Twisteuse, et d'un maître Bertrand Renard sans lien avec l'animateur, sinon que son compte est bon : le ventripotent avocat est ruiné.
Son cher parrain Madjid qui, l'année de ses onze ans sous Raymond Barre le prit sous son aile après la mort de son père, lui avait offert un théâtre de Guignol en pin Sylvestre. S'il l'exhumait de la soupente où il repose pour, le temps d'une représentation d'Au théâtre ce matin, remonter ensemble le fil des marionnettes qui consolaient alors l'enfant abîmé ?

Familiers du conseil prodigué par le chat à Alice et comme au temps des cueillettes dans la lumière rasante des sous-bois, Romaric et son parrain marcheront suffisamment longtemps pour arriver quelque part. Et, dans une cocasse commémoration imaginée par Gudrun la Twisteuse, inviter les habitants de Frobot à renoncer à leur panurgisme coupable pour explorer le chemin pas si escarpé de la solidarité.

Énumérer et comptabiliser les violences comme on le fait si maladroitement est insuffisant si on n'en retrace pas les origines, forcément complexes. Point n'est besoin de remonter au Moyen-Âge : il n'y a pas si longtemps, les martinets étaient en vente libre et suspendus au clou des cuisines.

Cette courte fable tragi-comique de la fin du siècle dernier, aux personnages hauts en couleurs, ne catalogue pas mais suggère la maltraitance en quelques traits. Elle resitue par le biais de la fiction des vies rudoyées dans toutes leurs dimensions, y compris celle de la salvation par l'art et le goût de la joie. Des vies avec, aussi, du bonheur et la pudique fraternité des blessés qui s'attirent sans savoir qu'ils partagent l'envie d'apprendre à être heureux ensemble.

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