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Jules Verne fait partie de ces auteurs que nous lisons enfant et adolescent, mais revisitons rarement à l'âge adulte, sans doute persuadés que ses œuvres ne sont destinées qu'à la jeunesse et, pour cette raison, manquent de style et de profondeur. Pourtant, beaucoup d'auteurs dits "jeunesse" ont une exigence formelle, et roman d'aventure ne signifie pas automatiquement écriture fonctionnelle. Pour ne citer que lui, Mark Twain, dont l'œuvre composite ne se limite pas aux aventures de Tom Sawyer et d'Huckleberry Finn, par ailleurs écrites avec une recherche de style et un humour subversif et engagé, et se lisent à tout âge.
Grand bien m'a pris de relire avec des yeux d'adulte Le Tour du monde en quatre-vingt jours : l'ambition formelle, la technique sûre et fine de la narration et du suspense, et la profondeur des personnages principaux ne m'étaient pas apparus lorsque j'avais lu ce roman, adolescent. Pas plus que son humour sous-jacent et permanent, cette légère ironie qui court tout au long du livre et le rend attachant et souvent pétillant. Un humour qui n'est pas que suggéré d'ailleurs : certaines scènes relèvent de la pure comédie, comme celle de la représentation de la troupe japonaise acrobatique, véritable parenthèse burlesque en plein milieu du roman.
Certaines affirmations péremptoires ne sont pas sans rappeler le drapé d'Hugo, que Jules Verne admirait. Une belle poésie visuelle magnifie la description des paysages et l'architecture, qui ose des flashbacks habiles se terminant par un coup de théâtre (les retrouvailles fortuites de Passepartout et de Phileas Fogg à Yokohama, par exemple), encapsule le récit et en maintient le suspense jusqu'à la fin et son célèbre double salto arrière.
Ce roman est tout simplement charmant de bout en bout.