Quoi ? Dickens ? Mais tu veux nous mettre le moral en bas ou quoi ? Ses histoires d'orphelins dans les faubourgs sordides de Londres ! Eh bien non. Enfin, si... mais Oliver Twist, l'un de ses romans les plus connus en France, lui a joué le mauvais tour de le réduire dans bien des mémoires à un auteur cafardeux, voire misérabiliste.
Beaucoup de romanciers du monde entier citent ses Grandes Espérances (Great expectations) parmi leurs livres favoris et louent les multiples facettes, les propositions stylistiques et l'humour de Dickens. C'est à l'âge de 24 ans qu'il publie en feuilleton mensuel son premier roman, Les Aventures de Monsieur Pickwick (The posthumous papers of the Pickwick club). Il y trouve et affirme d'emblée son univers, son style et une empathie que l'on peine à attribuer à un aussi jeune auteur, et s'y découvre comme éberlué une verve humoristique dont il s'auto-enivre, et qui emporte le lecteur dans une cocasserie à l'intemporalité surprenante.
Les inégalités de l'Angleterre victorienne et les scandales de son système économique, financier et judiciaire le révulseront toute sa vie. Il ne cessera de les dénoncer férocement, dans de très longs romans foisonnant de personnages dont il type l'apparence physique, les comportements et le langage, pour ensuite provoquer l'hilarité lorsqu'ils réapparaissent dans le récit. Ce procédé comique de répétition sera beaucoup utilisé, presque comme un hommage, par son admirateur John Irving.
Les coïncidences et un hasard faisant un peu trop bien les choses ont souvent été reprochés à Dickens, mais qu'y a-t-il là de si critiquable dans une œuvre romanesque d'une constante générosité et qui, près de deux siècles après sa première publication, interroge encore notre monde actuel ?